Mercredi 25 février 2009

Un vieux hibou contemplait la lune.

Une chouette à la même tribune

regardait le ciel, puis le vieux sage,

attendant la venue d’un nuage

pour lancer la conversation…

Enfin, elle posa sa question :

« Pardonne-moi, grand Duc, mais là-haut,

ce croissant argenté, ce halo…

pourrais-tu m’expliquer ce que c’est ?

Le pourquoi, le comment… - Je ne sais

si je dois dévoiler le mystère

du plus beau compagnon de la Terre,

murmura la hibou. – Je t’en prie,

fit l’effraie, éclaire mon esprit. »

L’oiseau de nuit pensa : « Hou la la… »,

haussa les ailes puis hulula.

« Petite, l’affaire est compliquée.

J’accepterais de te l’expliquer,

mais auras-tu vraiment la patience

d’écouter la vérité des sciences ?

Un long exposé d’astrophysique

serait une pénible musique

quelque soit ton degré d’intérêt,

et à coup sûr tu t’endormirais.

- Je veux savoir ! – Comme tout le monde !

Mais que veux-tu que je te réponde ?

Chacun, avec le désir d’apprendre,

a le besoin de ne pas comprendre.

Envie de science et besoin de Dieu,

que choisir en regardant les cieux ?

Envie de réel, besoin de rêve,

vers quelles pensées tes yeux se lèvent ? »

La chouette pria le grand Duc :

« S’il te plaît, il faut que tu m’éduques. »

Le vieux hibou commença son cours,

mais avant la moitié du discours,

comme prévu, l’élève lassée

affirmant qu’elle en savait assez,

prit congé du maître.

                       La magie

l’emporte sur la pédagogie.

La lune s’étudie, mais pas trop.

Elle est à Colombine et Pierrot

autant qu’à Newton et Copernic.

Si l’univers et la vie s’expliquent

un jour, les hommes comme la chouette

préfèreront détourner la tête,

garder la poésie des questions

et non la rigueur des solutions.


("La chouette et la lune" est extrait du livre "La revanche du corbeau", publié aux éditions Thôt.)

Par Yannick Nédélec - Publié dans : Vidéos
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Samedi 4 avril 2009

La fréquentation de ce blog stagne à un niveau honteux ! Chaque jour, quelques élèves de sixième y font une brève incursion après avoir tapé sur Google ""écrire une petite fable qui rime et avec une moralité". Et aussi heureusement de temps en temps quelques vrais rares amateurs prennent le temps de lire... Je sais que pour faire de l'audience, je ferais bien mieux d'animer un blog sur "Mes recettes de clafoutis au chocolat", ou sur "Mes statistiques sur les coups-francs de Juninho" , mais je ne me sens pas compétent sur la plupart des thèmes qui passionnent le grand public. Et comme je suis un obstiné, pas encore épuisé de précher dans le désert, comme les réactions formidables des spectateurs lors de mes spectacles m'encouragent à m'acharner dans cette voie ingrate, je vais tenter avec cette fable de doper la fréquentation de nedelec-fables.over-blog !
Comment ?
Avec une fable un peu particulière que je vais en quelque sorte mettre en produit d'appel. Ma fable de tête de gondole. Et de quoi parle-t-elle, cette fable ? Mais de cul, bien sûr ! C'est bien le meilleur moyen d'attirer les foules, non ? J'y ai mis plein de mots-clés intéressants : fesses, queue, culotte, cul, anus... Idéal pour que tous les moteurs de recherche m'envoient plein de monde ! De plus, cette histoire des fesses du bouc m'amènera tous ceux qui orthographient stupidement Facebook !
Je vais surveiller attentivement les statistiques...
Et amusez-vous bien tout de même avec "Le bouc et l'âne" (qui est extrait de mon prochain spectacle "L'effet salaire").
 

LE BOUC ET L’ANE


« A quoi servent les queues ? », c’est la grave question

que se posent tous ceux qui en sont dépourvus,

ou ceux qui n’ont qu’un bout, triste dans l’inaction.

Un âne bien doté, d’une longue et touffue,

passa auprès d’un bouc dont le fessier s’ornait

d’un malheureux moignon. Un nuage de mouches

suivait chaque animal. Mais elles taquinaient

sur l’âne le museau, le tour des yeux, la bouche,

tandis que sur le bouc on ne voyait d’insectes

que vers l’arrière-train. Le peuple bourdonnant,

attiré par le cul, s’y concentrait direct !

A votre avis, pour qui est-ce le plus gênant ?

Vous verriez-vous baudet, les mouches autour du crâne,

ou bouc à courte queue, avec l’essaim aux fesses ?

Il est certes flatteur de penser comme l’âne

qu’à son regard, sa tête, le peuple s’intéresse,

et il serait navrant de n’attirer les foules

que par son trou de balle amplement exhibé !

Mais d’un côté on se mettrait une cagoule,

de l’autre une culotte, ou de quoi se fouetter…

Ni l’âne ni le bouc ne sachant le tricot,

ils devaient supporter les mouches vaillamment.

La bête à cornes interpela le bouricaut :

« Ane, mon frère âne, j’envie ton instrument,

qui avec élégance éloigne les vicieuses.

Privé de postérieur, ton public volatile

va chercher sur ton front tes pensées délicieuses…

- Tu parles ! Ces bandes d’excitées m’horripilent !

J’aimerais un bonnet, ou me greffer la queue

entre les deux oreilles ! J’ai parfois l’impression

qu’en fouillant mes naseaux, tous ces maudits piqueux

sont déçus de trouver mes maigres sécrétions !

Sans gêne aucune, bouc, remue ton popotin

et vois comme le monde accoure ! Et ça frétille

bien mieux sur ton crottin que sur mon baratin !

Ça t’agace, et pour en chasser tu te tortilles ?

Mais, bougeant le croupion, il en vient deux fois plus !

Mon cher, c’est un triomphe ! Avec des mouches riches,

tu serais cousu d’or tout autour de l’anus !

Ne cherche pas de queue pour protéger tes miches ! »

L’homme a réglé l’affaire en inventant le slip.

Cacher la tentation ne tue pas l’intérêt,

et laissant la pudeur, oubliant les principes,

on crée l’agitation en dévoilant la raie…

 

- Publié dans : Fables
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Samedi 13 juin 2009
Il y a quelques mois, la curiosité m'a poussé à aller voir une "slam session". J'avais, comme beaucoup, quelques clichés en tête : le slam n'est pas une affaire de quinquagénaires, le slam n'est jamais que du rap sans musique, le slam est une branche poétique du mouvement hip-hop, les slameurs parlent surtout d'eux-mêmes...
Et puis on m'a convaincu que la slam session était ouverte à toutes les formes de poésie, qu'une petite dame à chignon pouvait dire son poème tout comme un grand keum à casquette. Même un fabuliste pouvait y raconter ses fantaisies philosophiques. Alors allons-y !
J'ai fabulé, le public a fortement applaudi, le jury a brandi des 9,8 et des 10, j'ai gagné un lot à la con, j'ai bu du très bon vin... Et surtout j'ai découvert plein de poètes étonnants, formidablement vivants !
Et donc j'ai pris l'habitude de slamer. Egoïstement, c'est une excellente occasion de tester en public des fables nouvelles. Et humainement, c'est un vrai lieu de rencontres et de découvertes. Certes il y a parfois des moments d'ennui ou de dépit devant des "artistes" médiocres qui croient faire de la poésie parce qu'il ont des rimes à la fin de leurs vers, mais la plupart du temps le défilé de personnalités passionnées enlève tout risque d'ennui.
Alors, qu'on se le dise, le slam ne se résume pas à Grand corps malade ou à quelques rapeurs à capuche évacuant leur rage ! Le slam est riche et varié, valable et risqué. Si vous flairez une slam session près de chez vous, allez faire votre curieux. Que la parole poétique se répande dans les cités et dans les villages, dans les bars et dans les champs. La poésie n'est pas que dans les livres d'école !


Une visite chez mes amis slameurs ?...
http://www.myspace.com/37Slam




Le hammam des poètes

Majoritairement, il y a un son slam.

Les mots aiguisés cliquètent comme des lames.

Les poètes s’expriment comme des escrimeurs.

Les artistes s’escriment, orateurs et rimeurs.

Ça parle dans l’urgence, ça clame, ça déclame

au rythme du hip-hop, des clips, de la réclame.

Pas le temps d’ respirer, de jouer au charmeur,

faut parler des gamins qui devant les chars meurent.

Oui, jeu de mot facile ; pardon, je fais mes gammes.

Ma première leçon, c’est le son. Mon programme,

c’est de claquer les mots pour lancer la clameur,

c’est l’ tempo dans la peau pour faire un bon slameur.

J’ dois vous sortir ma rage et les bleus de mon âme,

scander sur les scandales et bramer sur les drames,

cheminer dans mon cœur comme un pauvr’ ramoneur,

en y grattant la crasse pour chercher le bonheur.

Croyez pas que j’ me moque, que j’ défie, que j’ diffame.

Ce serait trop facile, trop futile, presque infâme

de caricaturer. Ce s’rait moi le frimeur

si avec ma culture je jouais au sermonneur.

Je n’ suis pas un gamin paumé sur l’ macadam,

moi je vais au théâtre, et j’ sors avec madame.

Ce soir en poésie, j’ suis du côté fumeur,

moi qui par habitude préfère les parfumeurs.

Mon texte est mal léché, je me lâche, je m’enflamme,

j’ viens de perdre trente ans, c’est tentant, je tam-tam.

Quand j’ vocifère, je vis si fort, et mon humeur

s’illumine sur vous ; je suis un allumeur.

Je transpire mes idées, et mes mots je les crame,

et je boue jusqu’au bout. Le slam, c’est le hammam

du poète. La sueur perle. Le cœur parle. La chaleur,

c’est le choix le meilleur pour chasser la douleur.

Mais cette foi nouvelle qu’aujourd’hui je proclame

n’est peut-être qu’un leurre, un jeu pour qu’on m’acclame.

Vous pensez qu’ j’en fais trop, que j’ suis trop beau parleur,

que l’exercice de style est plutôt racoleur.

Peut-être. Si mon blabla, hélas, reçoit vos blâmes,

je n’ai plus qu’à souffler humblement sur ma flamme.

S’il le faut je m’incline devant mes détracteurs.

Je redeviens moi-même, mais heureux d’être acteur !


- Publié dans : Billet d'humeur
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Mardi 18 août 2009
Non, cher lecteur, ou très chère lectrice, je ne mettrai pas de livre d'or à votre disposition ! Même si vous maîtrisez le compliment original ou la critique argumentée. A plus forte raison si vous êtes un collégien égaré ou un vieil érudit nostalgique. Je ne veux pas qu'on écrive sur mes fables : "Ouais, c'est trot cool ! Est très marant !", ni "La Fontaine a enfin un digne héritier !" Que jamais ne me prennent la honte, la gêne ou l'abattement en lisant sur mon compte : "J'adors !!! Et sa ma bien servie pour mon exposer", ou "Quelle richesse, quelle intelligence, quelle originalité, en un mot : quel bonheur !" Ou le classique "C'est génial ! Où allez-vous chercher tout ça ?!" (Comme si je le savais...)
D'un côté, au sujet d'une oeuvre attachée à la beauté de la langue française, je ne peux pas laisser libre cours aux platitudes à la mode d'analphabètes prépubères. De l'autre, il est inutile d'étaler des louanges insensées, parfois tellement excessives que personne ne peut plus y croire, et qu'alors les sceptiques (les plus nombreux, ceux qui n'ont aucune envie de découvrir ce que je fais) ont beau jeu de se dire : "Le La Fontaine du XXIème siècle, ouais, c'est ça, on y croit ! Ah ah !..."
Alors que peut-il rester dans le livre d'or ? Des commentaires mesurés, sympathiques et correctements écrits ? "Nous avons passé une excellente soirée en votre compagnie". Bon, pourquoi pas. Mais qui cela peut-il intéresser ?
A quoi sert un livre d'or ? Doit-on le prendre comme une rubrique "Avis des consommateurs" ? Alors, ceux qui lisent peuvent-ils se fier à ceux qui écrivent ? L'échantillon d'éloges et de flatteries plus ou moins vite et bien rédigés ne saurait être représentatif. Nous savons bien que les enthousiastes clament assez fort et que les déçus ronchonnent discrètement. Doit-on le considérer comme un soutien du narcissisme de l'artiste ? Certes, le créateur a souvent besoin d'être un peu rassuré, mais de là à conserver pieusement tous les témoignages d'admirateurs... Doit-on enfin le voir comme un simple support d'échange avec le public ? Trois phrases de communication en retour d'une heure de spectacle ou de lecture. Le spectateur a déjà ri et applaudi avec plus ou mois d'ardeur, il a déjà répondu dans le noir aux propos de l'acteur. Quel besoin ensuite de prendre la plume pour ajouter une banalité gentille ? Le lecteur, lui, est anonyme et solitaire. Il peut transmettre son avis à son entourage, mais pourquoi encombrer l'auteur d'une amabilité ni constructive ni argumentée ?
Alors, si vous voulez me prouver que j'ai tort de le prendre comme ça, essayez d'y aller de votre commentaire. Proposez-moi une critique drôle ou décalée (j'ai entendu un soir un spectateur sortir en bougonnant "j'aurai mieux fait d'aller voir Astérix aux jeux olympiques..."), ou une déclaration d'amour vraiment touchante (là, désolé, il ne me vient pas d'exemple vécu... et ça ne vous regarde pas), jetez-vous à mes genoux ou pendez-moi par les pieds, et peut-être alors commencerai-je à m'intéresser aux livres d'or...
Mais le plus pertinent serait tout de même de ne rien écrire, pour éviter de tomber dans le panneau de l'artiste qui, sous prétexte de dénigrer les livres d'or, met son public au défi de lui en écrire un ! Le procédé semble vicieux... Appelle-t-il vraiment des commentaires ?...
- Publié dans : Billet d'humeur
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