Les gallinacés, sur le plan intellectuel,
ont une assez piètre réputation.
Voici pourtant le cas inhabituel
d’une poulette en proie à de graves questions.
Notre cocotte (appelons-là Cocott’ Claudette,
si personne n’y voit d’inconvénient)
avait l’habitude de picorer des miettes,
du grain, et toutes sortes d’ingrédients
rescapés des déchets des assiettes des hommes.
Claudette, un jour, au milieu du maïs,
découvre un petit pois. Elle est peu gastronome,
et voit d’un mauvais œil ce rond vert qui se glisse,
incongru, entre ses cousins jaunâtres.
Elle se fige, elle hésite, elle observe,
tandis que les volailles tout autour folâtrent.
On ne sait si le pois la répugne ou l’énerve,
mais elle reste un long moment, la tête penchée.
Hypnotisée, elle s’arrête au vert.
D’autres n’en auraient fait qu’une bouchée ;
pour elle, c’est le pois de départ d’un calvaire.
Pourquoi est-il là ? Pourquoi est-il rond ?
Est-il amer et triste aussi loin de sa gousse ?
A-t-il le complexe du potiron ?
- Voyez un peu où la contemplation la pousse !
Et ce n’est qu’un début. - Elle met l’œil dessus.
Le gauche. Puis le droit. L’angoisse monte.
Elle se demande qui l’a conçu,
et comment. Est-il aussi le fruit d’une ponte ?
Que mangent les petits pois ? A quoi rêvent-ils ?
Est-ce la peur qui les fait mettre en boule ?
Devinent-ils que la casserole est hostile ?
Devant la mort, ont-ils la chair de poule ?
Claudette a le vertige, elle panique,
elle ergote, elle glousse de travers,
elle est prise d’un caquètement satanique,
pour avoir dévisagé un grain vert !...
Puis elle se reprend, pensant que le légume
est ensorcelé. Sérieuse et discrète,
elle remet de l’ordre dans ses plumes,
se donne un coup de peigne sur la crête,
et va pour picorer un morceau de pain sec.
Mais ce croûton… Qui est-il ? Et pourquoi ?
Que ressent-il à l’approche du bec ?
Sait-il qu’il n’est qu’un bout ? La mie a-t-elle un moi ?
Un instant d’attention et revient le malaise !
Claudette tourne folle, et voyant ses copines
batifoler, bavardes, gourmandes et niaises…
au lieu de les rejoindre, elle les examine !
« Pourquoi Thérèse n’est-elle pas verte ? »,
c’est la terrible interrogation qui l’abat.
Pour les poulettes futiles, c’est une perte
qui ne suscite guère de débat.
Soyons inattentifs et gardons nos distances.
Nos proches, c’est de loin souvent qu’on les voit bien.
On regarde parfois avec trop d’insistance,
on voudrait les aimer… On n’y comprend plus rien !
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