Dans une caisse à outils, une vis
tentait de consoler un clou
meurtri et tordu sous les sévices
d'un marteau violent et jaloux.
Un arrache pointe l'avait séduit, puis enlevé.
Le secret fut percé par une vrille,
à la pince à rivets le fait est arrivé,
et celle-ci avec le pied de biche étant en cheville,
en moins d'un tour la mèche fut vendue
à la tenaille,
et le marteau l'apprit dès que la scie le sut.
Voilà le travail !
Notre clou infidèle enviait sa voisine,
à qui un tournevis faisait tourner la tête.
Dépité, enfoncé, prêt à finir en usine
où à se laisser prendre par les premières pincettes,
il n'en finissait pas de pleurer sur son sort.
« Dire que j'ai un cousin qui soutient la Joconde !
Un père à l'Opéra planté dans le décor,
des ancêtres installés dans des blessures profondes :
la main gauche du Christ, c'est un de mes aïeux !
Me voilà écrasé comme une vulgaire punaise...
Je ne prétendais pas devenir un grand pieu,
ni me faire embrasser par une clé anglaise...
- Cessez de vous complaire en pauvre clou battu,
interrompit la vis vertueuse
(mais si, les vis ont des vertus !),
votre existence n'est certes pas glorieuse,
mais au lieu de gémir du marteau qui vous frappe,
de ce poids du destin auquel nul clou n'échappe,
au lieu de vous compter les coups sur la casquette,
pensez donc un instant aux dégâts que vous faîtes !
Votre pointe acérée dans tous les bois se plante,
vous fissurez les briques, vous éventrez les cuirs,
et parfois dans les chairs vos percées sont sanglantes.
Vous créez les douleurs que vous rêvez de fuir ! »
Notre comportement est aussi discutable.
Nous nous plaignons souvent que le sort nous assomme,
sans nous préoccuper de ceux que l'on accable.
L'homme est un clou pour l'homme.
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