J'ai eu récemment l'envie d'inclure cette fable dans le spectacle. Coup gagnant, apparemment ! Mais après, des spectateurs achetant le livre de "La revanche du corbeau" ont été fort déçus de
constater que "La course des castors" n'était pas dedans. Alors, en attendant la parution peut-être un jour d'un tome 2, j'ai promis de mettre en ligne ce texte, qui a en plus l'intérêt d'être
cruellement d'actualité. Les parachutes dorés méritaient bien une fable...
Entre deux pays paisibles,
une jolie rivière
servait d’aimable frontière.
Les seuls barrages visibles
étaient des œuvres de castors.
Sur la rive ouest vivaient les plus forts,
des castors aux larges épaules,
les castors epaulus, venus de Gaule.
A l’est travaillaient des plus petits,
aux yeux bridés, toujours à la tâche,
construisant sans relâche
tunnels, ponts et pilotis.
Une fois par an avait lieu l’Epreuve,
une course entre castors du fleuve,
par équipes de huit, consistant
à tirer à la nage des troncs flottants.
A contre-courant, sur cinq cent mètres.
La première année, les orientaux
distancèrent les costauds.
Les maigres furent largement les maîtres !
Stupéfiant ! Les Gaulois écrasés
nommèrent, pour analyser,
une commission d’enquête
sur les causes de la défaite.
Six mois plus tard, la raison fut certaine :
dans l’équipe de l’est, les rongeurs
avaient un capitaine et sept nageurs.
A l’ouest : un nageur et sept capitaines !
Les experts déduisirent le principe
de changer la structure de l’équipe.
Un seul capitaine. Un manager général,
un préparateur mental,
un préparateur physique,
un entraîneur de natation,
un conseiller en communication,
un consultant en statistiques…
et un nageur. Mais pour les epaulus,
ce qu’ils croyaient être un plus
se révéla être un moins :
ils terminèrent encore plus loin !
Le comité se remit à l’ouvrage,
décortiqua la course des castors,
puis, dans un volumineux rapport,
tira les conséquences du naufrage.
On fit tomber la première sentence
sur le nageur, pour son incompétence.
Afin de lancer la riposte,
on recruta à chaque poste
des castors aux dents longues, des gagneurs.
L’ancien capitaine fut licencié,
mais, c’est normal, pour le remercier,
on le traita en grand seigneur :
pour indemnité un trésor,
avec en prime une queue en or !
C’est ainsi que dans certains pays
on punit ceux qui ont obéi,
tout en offrant de vraies fortunes
à ceux qui ont donné les ordres.
On flatte ceux qui savent mordre.
Et les mordus ont si peu de rancune…
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