Lundi 20 octobre 2008

J'ai eu récemment l'envie d'inclure cette fable dans le spectacle. Coup gagnant, apparemment ! Mais après, des spectateurs achetant le livre de "La revanche du corbeau" ont été fort déçus de constater que "La course des castors" n'était pas dedans. Alors, en attendant la parution peut-être un jour d'un tome 2, j'ai promis de mettre en ligne ce texte, qui a en plus l'intérêt d'être cruellement d'actualité. Les parachutes dorés méritaient bien une fable...

Entre deux pays paisibles,

une jolie rivière

servait d’aimable frontière.

Les seuls barrages visibles

étaient des œuvres de castors.

Sur la rive ouest vivaient les plus forts,

des castors aux larges épaules,

les castors epaulus, venus de Gaule.

A l’est travaillaient des plus petits,

aux yeux bridés, toujours à la tâche,

construisant sans relâche

tunnels, ponts et pilotis.

Une fois par an avait lieu l’Epreuve,

une course entre castors du fleuve,

par équipes de huit, consistant

à tirer à la nage des troncs flottants.

A contre-courant, sur cinq cent mètres.

La première année, les orientaux

distancèrent les costauds.

Les maigres furent largement les maîtres !

Stupéfiant ! Les Gaulois écrasés

nommèrent, pour analyser,

une commission d’enquête

sur les causes de la défaite.

Six mois plus tard, la raison fut certaine :

dans l’équipe de l’est, les rongeurs

avaient un capitaine et sept nageurs.

A l’ouest : un nageur et sept capitaines !

Les experts déduisirent le principe

de changer la structure de l’équipe.

Un seul capitaine. Un manager général,

un préparateur mental,

un préparateur physique,

un entraîneur de natation,

un conseiller en communication,

un consultant en statistiques…

et un nageur. Mais pour les epaulus,

ce qu’ils croyaient être un plus

se révéla être un moins :

ils terminèrent encore plus loin !

Le comité se remit à l’ouvrage,

décortiqua la course des castors,

puis, dans un volumineux rapport,

tira les conséquences du naufrage.

On fit tomber la première sentence

sur le nageur, pour son incompétence.

Afin de lancer la riposte,

on recruta à chaque poste

des castors aux dents longues, des gagneurs.

L’ancien capitaine fut licencié,

mais, c’est normal, pour le remercier,

on le traita en grand seigneur :

pour indemnité un trésor,

avec en prime une queue en or !

   C’est ainsi que dans certains pays

   on punit ceux qui ont obéi,

   tout en offrant de vraies fortunes

   à ceux qui ont donné les ordres.

   On flatte ceux qui savent mordre.

   Et les mordus ont si peu de rancune…

 

Par Yannick Nédélec - Publié dans : Fables
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