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Mardi 4 décembre 2007
Extrait vidéo du spectacle...
  


Maître Renard, sur un arbre perché,
se demandait ce qu'il faisait là-haut...
J'en sais aussi qui pensent que ma langue a fourché
et que j'ai dit renard à la place de Corbeau.

Pas du tout. L'oiseau était sous la branche,

cherchant une idée de revanche.

Il remarqua que son voisin

tenait en sa gueule un raisin,

qu'il venait enfin d’attraper

en haut d'une treille. Vieille histoire...

Depuis longtemps, le fruit était fripé,

mais le renard, on sait, n'aime que les grains noirs.

Monsieur du Corbeau attaqua :

« Hé, rebonjour ! Quel beau muscat !

Heu, vu d'en bas, sans flatterie aucune,

vous êtes d'une grandeur peu commune !

Si votre voix puissante... - Arrête,

je connais la chanson,

interrompit la bête,

va revoir ta leçon. »

Mais bien sûr, ce disant, il lui lâche la grappe !

Le corbeau, trop heureux, l’attrape,

savoure le dessert du railleur

(le raisin du plus fort est toujours le meilleur ! ),

et conclue : « cher ami, nous sommes quitte.

Trompeurs, attendez-vous à la pareille,

comme disait votre cigogne favorite.

Pour ce rappel, votre vendange me paye.

- Message reçu, repartit le rusé.

J'ai fait une erreur, vous égalisez.

J'ai eu le fromage, vous le dessert,

voyons par qui le café est offert. »

A ces mots, il saute et se venge

de l'oiseau de malheur, avec succès.

Au fond des bois il l'emporte, et le mange,

sans autre forme de procès.

Revanchards, maîtrisez votre orgueil.

Dent pour dent et oeil pour oeil

sont des serments d'éclopés.

Une défaite, un affront, un loupé ?

Faîtes attention en revenant au score :

souvent la belle est plus moche encore.

Par Yannick Nédélec
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Mercredi 5 décembre 2007
Extrait vidéo du spectacle

 

En plein soleil durant des heures,
pendu à une corde rêche,

exposé au vent, aux voyeurs,

nu, ruisselant, le linge sèche.

Les suppliciés sont alignés :

mouchoirs, serviettes, torchons, culottes...

Ils évaporent, bien résignés.

Pourtant, on dirait qu'ils complotent

je ne sais quel soulèvement.

La rumeur gronde apparemment.

Si l'on écoute au bout du fil,

il y a débat chez les textiles.

Des bas, parlons-en, déjà secs,

se croyant les plus fins, avec

agitation, malgré les pinces,

du séchoir se proclament les princes.

Ils veulent guider la révolte !

Dans le pied droit prend la rafale :

tout se déchire et virevolte,

sous un buisson les bas s'affalent.

Les habits, échaudés, estiment

qu'il vaudrait mieux choisir un roi

vaillant, solide et légitime,

à l'envers autant qu'à l'endroit.

« Celui qui a le plus souffert,

à l'endroit autant qu'à l'envers,

s'il en a l'étoffe, sera chef !

Faisons campagne, et soyons brefs. »

Le torchon entreprend de se plaindre.

« Je bois les tâches, et pas les moindres.

Sans cesse on me trempe, on me souille :

je tiens bon. Pourtant je dérouille ! »

La serviette à son tour gémit :

« Comment vous dire mon triste sort ?

J'essuie la sueur et le vomi,

puis on me noie, puis on m'essore. »

Un soutien-gorge secoue les bras :

il passe ses journées attaché,

ballotté, tendu, plein à ras !

Mais lui, jamais il n'a lâché !

Des chaussettes à plusieurs reprises

prétendent être les plus soumises,

arguant qu'on leur marche dessus

et qu'elles macèrent dans leur jus.

Un slip enfin parle, et s'impose :

« Je subis dans ma vie des choses...

intimes, délicates ou grossières.

Je suis expert en la matière,

si vous me passez l'expression.

Victime des débordements

et des plus viles émotions,

je suis le roi du dévouement. »

Le drap conteste, la blouse aussi,

chacun se vante et se démène.

C'est bruyant, la démocratie.

La tempête alors se déchaîne,

les prétendants claquent, et s'envolent

au loin, emportant leurs paroles.

Le calme revenu, seul reste

un carré de tissu, modeste,

mouchoir ignorant le vacarme.

Gobeur de morve, buveur de larmes,

au fond des poches sur les chagrins,

ou agité derrière les trains.

Sur les blessures premier secours,

après l'effort première éponge,

consolateur des maux d'amour,

réparateur des mauvais songes.

Il n'a jamais ouvert la bouche

pour se vanter de tant de peine.

(Il craint peut-être qu'on le mouche.)

Quand il voit l'homme, il dit : « amène... »

Par Yannick Nédélec
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Samedi 15 décembre 2007




Monsieur et madame, en vacances,

disons, au soleil, en Provence,

près d’une paisible rivière,

sont tentés par une croisière.

Une journée au fil de l’eau.

Certes pas sur un paquebot,

non, sur un banal canoë

qu’ils entreprennent de louer.

Moins anodin qu’il n’en a l’air,

le pauvre esquif devient galère.

Et madame et monsieur braillent

en pagayant dans la pagaille !

Vous l’avez constaté : aucun

couple n’arrive à faire qu’un

dès lors qu’il s’agit de ramer !

Même en pensant beaucoup s’aimer.

Monsieur, à l’arrière, dirige,

madame, de travers, corrige,

deux coups à droite, un coup à gauche,

la marche arrière qu’on ébauche,

on tourne en rond et on s’asperge,

puis on s’en va droit sur la berge !

Les forces baissent et le ton monte.

Entre la colère et la honte,

on crie d’inutiles conseils,

on boude, on embraye, on débraye,

et ce gilet de sauvetage,

trop grand, et nul pour le bronzage !

« Et pourquoi les autres y arrivent ?

Et comment on rejoint la rive ?

On aurait dû prendre des cours !

- Tais-toi et rame, mon amour ! »

 

Tout paraît beau, calme et tranquille.

On s’imagine d’île en île,

chantant l’amour a capella…

Et puis de Charybde en Sylla,

les mots gentils se font la belle.

On n’entend que les coups de pelles.

Et dans les manœuvres s’amorcent

les procédures de divorces.

La vie est un étrange fleuve

où les amants fonts ce qu’ils peuvent.

Vous êtes amoureux, heureux,

et doucement aventureux,

le décor est paradisiaque…

Mettez les pieds dans un kayak !...

Ne nous laissons jamais griser :

un rien peut déstabiliser !


("Les rameurs" est extrait du livre "La revanche du corbeau", publié aux éditions Thôt.)

Par Yannick Nédélec
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Jeudi 27 décembre 2007
Extrait vidéo du spectacle

 

Dans une caisse à outils, une vis

tentait de consoler un clou

meurtri et tordu sous les sévices

d'un marteau violent et jaloux.

Un arrache pointe l'avait séduit, puis enlevé.

Le secret fut percé par une vrille,

à la pince à rivets le fait est arrivé,

et celle-ci avec le pied de biche étant en cheville,

en moins d'un tour la mèche fut vendue

à la tenaille,

et le marteau l'apprit dès que la scie le sut.

Voilà le travail !

Notre clou infidèle enviait sa voisine,

à qui un tournevis faisait tourner la tête.

Dépité, enfoncé, prêt à finir en usine

où à se laisser prendre par les premières pincettes,

il n'en finissait pas de pleurer sur son sort.

« Dire que j'ai un cousin qui soutient la Joconde !

Un père à l'Opéra planté dans le décor,

des ancêtres installés dans des blessures profondes :

la main gauche du Christ, c'est un de mes aïeux !

Me voilà écrasé comme une vulgaire punaise...

Je ne prétendais pas devenir un grand pieu,

ni me faire embrasser par une clé anglaise...

- Cessez de vous complaire en pauvre clou battu,

interrompit la vis vertueuse

(mais si, les vis ont des vertus !),

votre existence n'est certes pas glorieuse,

mais au lieu de gémir du marteau qui vous frappe,

de ce poids du destin auquel nul clou n'échappe,

au lieu de vous compter les coups sur la casquette,

pensez donc un instant aux dégâts que vous faîtes !

Votre pointe acérée dans tous les bois se plante,

vous fissurez les briques, vous éventrez les cuirs,

et parfois dans les chairs vos percées sont sanglantes.

Vous créez les douleurs que vous rêvez de fuir ! »

Notre comportement est aussi discutable.

Nous nous plaignons souvent que le sort nous assomme,

sans nous préoccuper de ceux que l'on accable.

L'homme est un clou pour l'homme.

 

Par Yannick Nédélec
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Mercredi 25 février 2009

Un vieux hibou contemplait la lune.

Une chouette à la même tribune

regardait le ciel, puis le vieux sage,

attendant la venue d’un nuage

pour lancer la conversation…

Enfin, elle posa sa question :

« Pardonne-moi, grand Duc, mais là-haut,

ce croissant argenté, ce halo…

pourrais-tu m’expliquer ce que c’est ?

Le pourquoi, le comment… - Je ne sais

si je dois dévoiler le mystère

du plus beau compagnon de la Terre,

murmura la hibou. – Je t’en prie,

fit l’effraie, éclaire mon esprit. »

L’oiseau de nuit pensa : « Hou la la… »,

haussa les ailes puis hulula.

« Petite, l’affaire est compliquée.

J’accepterais de te l’expliquer,

mais auras-tu vraiment la patience

d’écouter la vérité des sciences ?

Un long exposé d’astrophysique

serait une pénible musique

quelque soit ton degré d’intérêt,

et à coup sûr tu t’endormirais.

- Je veux savoir ! – Comme tout le monde !

Mais que veux-tu que je te réponde ?

Chacun, avec le désir d’apprendre,

a le besoin de ne pas comprendre.

Envie de science et besoin de Dieu,

que choisir en regardant les cieux ?

Envie de réel, besoin de rêve,

vers quelles pensées tes yeux se lèvent ? »

La chouette pria le grand Duc :

« S’il te plaît, il faut que tu m’éduques. »

Le vieux hibou commença son cours,

mais avant la moitié du discours,

comme prévu, l’élève lassée

affirmant qu’elle en savait assez,

prit congé du maître.

                       La magie

l’emporte sur la pédagogie.

La lune s’étudie, mais pas trop.

Elle est à Colombine et Pierrot

autant qu’à Newton et Copernic.

Si l’univers et la vie s’expliquent

un jour, les hommes comme la chouette

préfèreront détourner la tête,

garder la poésie des questions

et non la rigueur des solutions.


("La chouette et la lune" est extrait du livre "La revanche du corbeau", publié aux éditions Thôt.)

Par Yannick Nédélec
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